UFC322 : moins punisseur, lutte étouffante… Makhachev a-t-il fait du Khabib pour devenir double champion de l’UFC ?

Opposé à Jack Della Maddalena dans l’octogone du Madison Square Garden pour la ceinture des -77 kg, Islam Makhachev a contrôlé son adversaire au sol une grande majorité du combat pour devenir le 11e double champion de l’UFC. De quoi se remémorer les grandes heures Khabib Nurmagomedov ?

Vainqueur en se rendant le combat facile face à Jack Della Maddalena en main event de l’UFC322, Islam Makhachev ne pouvait pas rendre meilleur hommage à Khabib Nurmagomedov. Dans l’octogone du Madison Square Garden de New-York, l’ancien champion des -70 kg s’est emparé d’une deuxième ceinture, celle des poids mi-moyens (-77 kg), en récitant un gameplan parfaitement ficelé par son mentor.

Retraité après une troisième défense de ceinture un soir d’octobre 2020, Khabib a depuis pris la relève de son père défunt pour continuer d’enseigner ce qu’il sait faire de mieux : la lutte daghestanaise. Sous la houlette de coach Khabib, Islam Makhachev a gardé certains fondamentaux de celui qu’il considère comme son «grand frère», tout en se créant une réputation. Celle du punisseur, où la moindre erreur se paie cher. Mais face à Jack Della Maddalena, le Russe a d’abord annihilé le striking adverse pour ensuite lutter. Au sol, la recherche de la soumission a été davantage une solution pour contrôler son adversaire que réellement finaliser le combat. Alors, est-ce juste de dire que Makhachev a plus fait du Khabib que du Islam ? Explications.

Un contrôle au sol différent

Après coup, Islam Makhachev, double ceinture sur les épaules, déclarait : «Cinq rounds de lutte. J’ai rendu ce combat facile. Ce n’était pas un secret, tous mes adversaires le savent, personne ne peut me stopper». Et les chiffres le confirment. Sur les cinq rounds, le Russe a contrôlé au sol plus de 18 minutes Jack Della Maddalena. Mais ce serait trop facile, de résumer cette performance à de la simple lutte.

Une montée difficile, aucun repère chez les -77 kg, un KO power remis en cause… Toutes ces interrogations, le Russe les a rapidement balayées. Premier à entrer au MSG, ce n’était plus arrivé depuis presque trois ans, le challenger Makhachev a finalement enfilé le costume de champion. Opposé à un adversaire reconnu pour avoir les mains lourdes (4 KO en 8 combats à l’UFC), Islam avait tenté de laisser croire qu’il allait striker. Du bluff. Après une minute de combat, Makhachev surprend. En l’espace de seulement deux secondes, il trouve le parfait timing pour enchaîner changement de niveau, single leg, puis balayage. Le tout accompagné d’une position dominante sécurisée en demi-garde.

Au sol, Islam Makhachev pouvait craindre le JJB de son adversaire, qui s’est entraîné avec Craig Jones, champion du monde IBJJF en 2015. Dévoué à vaincre la lutte daghestanaise, le double médaillé à l’ADCC devait permettre à son poulain Maddalena de trouver une issue pour se relever. Mais là encore, le Russe avait une longueur d’avance. Dans la demi-garde de l’Australien, Makhachev n’est pas simplement dans le contrôle. En plus de sécuriser sa position dominante, il ne laisse que très peu d’espace à son adversaire pour pouvoir scrambler et ainsi tenter de se relever.

Lors des trois premiers rounds, Makhachev a passé plus de deux tiers du temps en position dominante au sol. Mais contrairement à Khabib, qui contrôlait ses adversaires pour ensuite frapper en ground & pound, Islam Makhachev, qui a la réputation d’être l’un des meilleurs punisseurs de l’UFC, a misé sur des cheminements de soumission pour forcer son adversaire à défendre, et non tenter de se relever.

Comme lors du quatrième round, où Makhachev est en demi-garde. Maddalena voit alors le chrono défilé, puis son challenger lui prendre le dos et tenter de placer un étranglement arrière. S’il n’a jamais été aussi proche d’une soumission, le challenger tente de verrouiller. En vain. L’Australien parvient à sortir du triangle de corps, mais il n’y a rien à faire, le protégé de Khabib est injouable et se place immédiatement en demi-garde pour sécuriser sa position. Comme s’il avait toujours un coup d’avance.

Un travail de sape payant

Dès les 10 premières secondes de combat, le Russe réussit deux puissants calf-kick sur la jambe avant de Jack Della Maddalena. Et ce travail de sape sur le mollet droit de l’Australien va commencer à porter ses fruits dès la troisième reprise. La douleur est telle, que le champion change de garde. En droitier, l’Australien est moins entreprenant, moins efficace. Si les combinaisons étaient l’une de ses principales armes, son jab (main gauche désormais), avec lequel il débute ses enchaînements, est systématiquement bloqué.  

Peu mis en difficulté par le striking adverse, Islam Makhachev en profite pour sereinement réussir un nouveau takedown (le troisième de la partie). Plus les secondes passent et plus le champion voit sa ceinture changer de propriétaire. Lors du dernier inter-round, les consignes sont simples pour Jack Della Maddalena : mettre KO son adversaire, quel que soit la manière. Un projet avorté en seulement quinze secondes et un bras arrière trop lisible, encore une fois causé par ce changement de garde. Une esquive, un changement de niveau et un double leg, Islam Makhachev signe son quatrième et dernier takedown de la partie (100% de réussite). Jack Della Maddalena ne se relèvera pas.

La recette était toute trouvée par Khabib Nurmagomedov, le gameplan récité à la lettre par Islam Makhachev. Le duo n’aura laissé aucune miette à l’Australien, pour une nette victoire sur décision unanime (50-45, 50-45, 50-45). Le double champion vient de réaliser le plus gros défi de sa carrière, haut la main. Appliqué durant 10 mois de préparation et 25 minutes de combat, le Daghestanais a mis de côté son sérieux pour laisser place à une grande émotion. «C’était mon rêve, toute ma vie a été consacrée à ces ceintures. J’ai travaillé très dur pour ça», a-t-il crié au centre de l’octogone du MSG. De quoi rendre fier un certain Khabib Nurmagomedov, honoré de pouvoir placer les deux ceintures sur les épaules de celui qui vient de marquer l’histoire de l’UFC.

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